Album. Photographie: Vik Muniz

En Suisse, il y a des vaches, du chocolat et des montres, c’est connu. Il s’y déroule aussi, tous les deux ans, un festival de photographie qui vaut vraiment le détour, c’est celui qui se tient à Vevey, sur les rives du lac Léman. A voir jusqu’au 27 septembre 2026

Depuis sa création en 2008, la manifestation a acquis une solide et méritée réputation de qualité et est devenue une référence pour la photographie qui a largement débordé les frontières helvètes. Cette dixième édition a pour thème la famille, qu’elle soit choisie, artistique, professionnelle, élargie, recomposée, transgénérationnelle ou même celle que l’on n’a pas encore rencontrée. Une cinquantaine d’expositions, toutes gratuites, se déploient en extérieur et en intérieur dans toute la ville, dans des espaces publics et des lieux insolites.

Une chose qui caractérise Vevey, outre la grande pertinence de la programmation, c’est une appétence bienvenue pour le « big is beautiful » avec l’installation de bâches imprimées de très grand format à différents endroits de la cité vaudoise. Par exemple, celle avec une des images de la série « Album » de l’artiste brésilien Vik Muniz, qui a recréé des photos de famille à partir de clichés d’anonymes collectionnés, ou ce portrait de Martin Parr assis dans un jardin luxuriant, par Siân Davey. Le choix des lieux où sont présentées les œuvres ne doit rien au hasard. C’est le fruit d’une longue réflexion sur le travail de l’artiste et l’endroit où il sera présenté pour créer une adéquation entre les deux, permettant de mieux rentrer dans l’intention artistique. Parlons également de la programmation particulièrement créative et ludique, où l’exigence va de pair avec l’originalité : la série « Paparazzi » du duo Mazaccio & Drowilal qui, à partir d’innombrables clichés de paparazzi, crée par collage des scènes absurdes ; « With My Family » de Hans Eijkelboom où, après avoir attendu que le chef de famille quitte son domicile, l’artiste sonnait à la porte d’inconnus et demandait de poser dans un portrait de famille, endossant lui-même le rôle du père ; Cristina de Middel, superposant des portraits du musée du Prado à Madrid pour souligner l’endogamie des dynasties royales et religieuses européennes ; « The Brown Sisters » de Nicholas Nixon qui, de 1975 à 2022, a fait chaque année un portrait de son épouse et ses trois sœurs dans la même pose ; « Ray’s a Laugh » de Richard Billingham, qui a documenté le quotidien de sa famille dans l’Angleterre post-thatchérienne. Pendant vingt ans, la Japonaise Tokuko Ushioda a photographié les réfrigérateurs ouverts et fermés de ses proches, amis et connaissances, révélant en creux les habitudes, les modes de vie et l’intimité de familles japonaises. À partir d’objets chinés en brocantes ou fabriqués par impression 3D, Cedric Zellweger compose en studio des tableaux foisonnant de références aux actualités mondiales et interroge sur le rôle des leaders politiques et des géants de la tech dans la fabrique du monde actuel. Bref, que du bon, des confirmations, des découvertes et, surtout, toujours beaucoup de plaisir.

Images Vevey, jusqu’au 27 septembre 2026, Vevey, Suisse.

 

Gilles Courtinat
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