
No Good Men
Hormis les expositions et les prix remis à la fin de la semaine de l’évènement, le Prix Bayeux Calvados Normandie des correspondants de guerre est le lieu parfait pour découvrir des documentaires dont certains, malheureusement, ne pourront pas être vus ailleurs. Sur les huit documentaires proposés, sept l’étaient en avant-première.
Des huit documentaires que le public pouvait regarder, six l’étant de façon gratuite, sept d’entre-eux l’étaient en avant-première. Comme certains n’ont pas encore de date de diffusion programmée, passer la semaine en Normandie pour tous les visionner était l’assurance de ne rien manquer. A condition de s’organiser un peu car toutes les projections ont fait salle comble. Plus que comble même pour le cinéma Méliès dont la salle de 200 places s’est avérée insuffisante, plusieurs dizaines de personnes ne pouvant entrer. Tous ces films sauf deux avaient comme thématique centrale la vie dans un pays en guerre.
IRAN : Viendra la révolution
C’est le cinéma Méliès qui a entamé la semaine du Prix Bayeux avec le documentaire Viendra la révolution de l’iranienne Pegah Ahangarani, suivi le lendemain de No good men de Shahrbanoo Sadat. Structuré à partir de séquences de films Super 8, de YouTube et d’archives, le film de Pegah Ahangarani présenté à Cannes 2026 en Sélection officielle (Séance spéciale) a remporté le prestigieux prix de L’Œil d’or du meilleur documentaire. Autobiographique, structuré autour de cinq portraits de sa famille, ce film duquel la poésie n’est pas absente retrace surtout 45 ans d’histoire de l’Iran, un demi-siècle marqué par une répression particulièrement sanglante. Avec une question en filigrane : montrer des images de souffrance sert-il encore à quelque chose à propos de l’Iran ? An absolute must-watch. La sortie nationale de ce documentaire en salles est prévue pour le 9 décembre 2026.
AFGHANISTAN : Kaboul des années 2021
Le film de l’afghane Shahrbanoo Sadat est une fiction dramatique documentée. No good men est axé sur la condition de la femme en Afghanistan. La quasi-totalité des séquences a été filmée en Allemagne dans des studios à Hambourg et à Berlin afin de reconstituer le Kaboul des années 2021. Seules quelques images à la toute fin sont des images d’archives lors du retrait américain. Cela n’ôte en rien la puissance du documentaire, d’autant qu’une pointe de romantisme qui ajoute un peu de rafraîchissant au bouleversant du sujet ancre définitivement le spectateur dans le sujet. Les 103 minutes du documentaire qui montre une société féminine qui parvient à garder le sourire au milieu du pire passent en un instant car le rythme ne cesse jamais. Le film, qui a eu sa première mondiale le 12 février 2026 comme film d’ouverture de la 76e Berlinale, est programmé en France à partir du 3 février 2027.

SYRIE : Killing Anna
Dans le registre de la puissance du sujet, les dérives du régime de Bachar Al-Assad sont au centre de Killing Anna du britannique Sam Benstead. Le film retrace l’histoire d’un massacre et d’un criminel de guerre, d’une enquête presque universitaire et d’une quête journalistique. Il nous contraint également à affronter l’effacement progressif de la détective sous son double pour les besoins de l’enquête et la façon dont elle doit finir par en être arrachée pour ne pas devenir le sujet de son enquête. Sorti le 6 septembre en Suède, ce film qui a fait sa première mondiale en compétition officielle au festival international du film documentaire de Copenhague (Cph:Dox), où il a notamment été sélectionné pour le prestigieux Human:Rights Award qui récompense les films axés sur les droits de l’homme, n’a pas encore de date de sortie prévue en France.
A l’heure où ces lignes sont rédigées, ce documentaire effrayant et captivant – âmes sensibles s’abstenir – n’a pas encore reçu un prix majeur ou un palmarès spécifique mais ce ne doit aucunement être à un frein à sauter sur la séance dès que celle-ci sera programmée. Il se pourrait que ce soit uniquement en ligne car sa distribution internationale est assurée par l’agence Dogwoof Releasing, ce qui indiquerait une sortie VOD ou sur des plateformes dédiées aux documentaires. Il peut cependant être visionné en anglais, avec sous-titres en néerlandais, sur la plateforme www.npodoc.nl

Voyage en Gagaouzie
MOLDAVIE : Voyage en Gagaouzie
Autre sujet édifiant au centre du documentaire Voyage en Gagaouzie de la française Manon Loizeau : la manipulation, la propagande et le soft-power russe. Ce que nous montre la réalisatrice française dans ce film tourné en 2026 dans une région autonome de Moldavie, le long de l’Ukraine, est tout aussi sidérant.
Oui, en 2026, un pays peut acheter des voix afin de modifier les élections dans un pays qu’il convoite. Aucune violence dans les images de ce film – on a parfois même envie de danser – mais la brutalité de certains propos et les dessous d’une élection dans un pays européen a de quoi faire réfléchir à quelques mois de nos prochaines présidentielles et législatives. Présenté en avant-première à Bayeux, ce film a ensuite été programmé sur Arte France et Arte Belgique et il maintenant en accès libre et gratuit jusqu’au 28 août 2029 sur Arte Replay. D’un très vif intérêt, d’autant que c’est un court-métrage, 25 minutes « seulement » mais 25 minutes qui obligent à réfléchir.
Israël, la bataille pour la démocratie
Le film de Lucas Menget, directeur-adjoint de France-Info, Israël, la bataille pour la démocratie cible lui les prochaines élections en Israël – elles auront lieu le 27 octobre – et nous immerge dans la société civile à travers les propos de simples civils, de défenseurs de la démocratie, de magistrats, de policiers ou de militaires. Aucunement caricatural, le réalisateur expose la détresse de ceux qui luttent. La démocratie en Israël est-elle encore un espace de vigilance, d’engagement et de responsabilité collective ?
Pour ceux qui s’intéressent à cette question, France 5 proposera ce documentaire de 70 minutes le dimanche 25 octobre à 21h00 sous le titre Israël, une démocratie en péril. A noter que cette diffusion sera suivie à 22h45 d’un second documentaire Kibboutz Revadim, l’utopie des pionniers , réalisé par Léa Wolber, qui explore l’histoire, les idéaux et l’évolution des kibboutz israéliens.

Birds of War
Egalement présenté en avant-première et réalisé par la libanaise Janay Boulos et le syrien Abd Alkader Habak Birds of War s’appuie sur plus d’une décennie d’archives. À travers des archives vidéo et de SMS, le film retrace le désenchantement croissant de Janay Boulos vis-à-vis du traitement du conflit par la BBC parallèlement à la naissance d’une histoire d’amour. Vainqueur en février 2026 du World Cinema Documentary Special Jury Award au festival de Sundance, ce documentaire sera projeté au Théâtre National Wallonie-Bruxelles à l’occasion du Festival des Libertés le samedi 17 octobre 2026 à 19h00.
Birds of War ne dispose pas encore de date de sortie officielle dans les cinémas français ni de diffusion programmée à la télévision et il est probable qu’il ne le sera pas de sitôt car il est disponible à l’achat ou en location numérique sur Apple TV, Amazon Prime Video ou Sky Store mais il est actuellement nécessaire d’utiliser un compte paramétré sur une région compatible pour pouvoir le visionner. Il est regrettable que plusieurs des documentaires présentés à Bayeux ne retiennent pas l’attention de nos plateformes pour une plus large diffusion en France.
USA : Ma vie Maga, carnet de bord de la vie sous Trump 2
Autre avant-première, Ma vie Maga, carnet de bord de la vie sous Trump 2 de Marine Pradel, journaliste française accréditée à la Maison Blanche, aura la chance de pouvoir être vu sur Arte le 17 octobre 2026 à 18h50 et disponible en replay jusqu’au 24 septembre 2029. La journaliste déroule son journal de bord, des coulisses de la Maison-Blanche avec la mise à pied de fonctionnaires à la chasse aux immigrés qui bouleverse son quartier. Le film dépasse le commentaire politique pour montrer une société en transformation. Intéressant à visionner à l’approche des élections de mi-mandat, prévues le 3 novembre.

Our Man in Moscow
RUSSIE : BBC Panorama : Our man in Moscow
Enfin, seul film qui n’était pas en avant-première – le film pouvait être vu sur plateforme depuis février 2026 mais en Grande-Bretagne uniquement BBC Panorama : Our man in Moscow d’Edward McGown suit une année de la vie du reporter Steve Rosenberg, correspondant de la BBC en Russie, alors qu’il tente de garder l’équilibre en pleine période de bouleversements géopolitiques. Steve Rosenberg connaît son sujet puisqu’il y a passé trente années.
Ce documentaire rentre dans le détail de la difficulté qu’il y a à disposer d’une liberté informationnelle et éditoriale quand on est journaliste occidental aujourd’hui en Russie. Également édifiant à plus d’un titre, il sera difficile de le revoir prochainement sauf sur le replay de la BBC iPlayer (jusqu’à fin décembre 2026) ou via Apple TV UK, en anglais donc et avec les limites géographiques imposées par ces deux diffuseurs. Encore un documentaire qui aurait mérité une plus large diffusion dans notre pays à l’heure où certains tentent de nous vendre que l’herbe est plus verte, plus libre et plus paisible en Russie.
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