Portrait d’un soldat qui tient un chat dans ses bras, devant un abri.
1917 Photographie: Louis Well / ECPAD-SPA

Une exposition, présentée au Centre d’histoire du Mémorial 14-18 Notre-Dame-de-Lorette, revient sur l’histoire des chiens et des chats, protagonistes bien involontaires de la Première Guerre mondiale, ces autres « poilus » qui ont aidé et réconforté les combattants des deux bords.

Très tôt dans l’histoire humaine, et pour leur plus grand malheur, des animaux ont été mobilisés à des fins guerrières. On connaît les oies du Capitole et les éléphants d’Hannibal, célèbres pour avoir traversé les Alpes en 218 avant J.-C., lors de la deuxième guerre punique. Dans l’Antiquité, les Romains utilisaient des ruches d’abeilles comme projectiles pour leurs catapultes, et les mules ou les chevaux étaient depuis longtemps utilisés pour tracter les chars de guerre. Cette exploitation animale particulière se poursuivra au fil du temps et des conflits, depuis la cavalerie cuirassée au Moyen Âge jusqu’à la dispersion de puces porteuses du bacille de la peste par les Japonais en 1940, ou aux recherches menées par les Américains et les Russes pour utiliser des dauphins comme porteurs de mines.

L’exposition s’intéresse plus particulièrement aux deux animaux qui nous sont les plus familiers : les chiens et les chats dans la guerre de 14-18, deux populations aux expériences du front bien différentes. Les canidés, tout d’abord. Leur contribution guerrière date de longtemps : les Gaulois dressaient des molosses pour le combat et ils ont accompagné les conquistadors dans la conquête de l’Amérique du Sud. Les armes à feu réduisent peu à peu leur utilisation, mais la guerre de 1914-1918 voit leur grand retour, au cours duquel on leur attribue de multiples fonctions : transmission de messages, sentinelles, secours aux blessés, portage de charges, ravitaillement, chasse aux rats… Il y a toujours de quoi les occuper. Au-delà de ces fonctions utilitaires, certains chiens deviennent des mascottes de régiment ou de simples mais fidèles compagnons de misère au fond des tranchées.

Du côté des chats, l’histoire n’est pas la même. Abandonnés lorsque leurs propriétaires ont fui les bombardements, ils vagabondent et s’approchent des combattants, poussés par la faim. La première génération reste un peu sauvage et il faudra attendre l’arrivée de chatons pour que l’animal côtoie plus assidûment les humains. De là à lui imposer une quelconque discipline ou utilité militaire, il y a un gouffre que les félins ne franchiront pas. Il suffit d’en parler à un actuel propriétaire de chat pour bien le comprendre. Avec les poux et les rats qui pullulent, c’est le seul animal qui aura échappé à la conscription : trop indépendant, trop indiscipliné, ce qui est un comble dans la conception soldatesque. Pour autant, il jouera un rôle non négligeable dans le réconfort du soldat, apportant un peu de douceur à des hommes qui vivent un enfer. Circulant librement d’un camp à l’autre, l’animal insoumis bénéficie souvent de l’indulgence des tireurs des deux bords. Un privilège qu’il ne partage pas avec le chien et qui n’empêchera pas nombre d’entre eux de succomber sous la mitraille.

L’exposition souligne également que ces photos d’animaux aux côtés des soldats tiennent une place particulière parmi les images de guerre. Leur production et leur diffusion étaient très encadrées par l’armée, qui souhaitait, par ces scènes attendrissantes, dissimuler l’horreur de la réalité et obtenir l’adhésion de la population civile. Cette volonté d’adoucir l’image d’une guerre meurtrière n’est pas sans rappeler l’utilisation actuelle d’images similaires, comme celles réalisées en Ukraine présentant des combattants tenant des chats dans leurs bras. Outils de propagande, elles restent destinées à susciter de l’émotion et du consentement, contribuant à l’élaboration d’un récit trompeur du conflit.

dant la Grande Guerre », Centre d’histoire du Mémorial 14-18 Notre-Dame-de-Lorette, jusqu’au 03 janvier 2027

 

Gilles Courtinat
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