
Exposition d’Adrien Vautier « Si tu traverses l’hiver »
Pendant une semaine, la ville de Bayeux devient l’épicentre de la profession, assez mal connue mais tellement nécessaire, de reporter de guerre, à un moment où les journalistes, les médias et la liberté de la presse sont de plus en plus malmenés dans le monde.
Cité médiévale au riche patrimoine historique, cette agréable sous-préfecture du Calvados, épargnée par les combats de 1944, est une destination touristique dont l’activité tourne autour de deux périodes : le Moyen Âge d’un côté et la Seconde Guerre mondiale de l’autre, les plages du Débarquement étant à portée de canon. Dans un tel environnement chargé d’histoire, il était assez logique qu’un tel prix puisse y trouver sa place, car consacré à l’action de celles et ceux qui témoignent, au risque d’y perdre la vie, de l’Histoire en train de s’écrire.
Pendant la semaine où se déroule la manifestation, l’essentiel des événements a lieu durant les derniers jours. Avant cette période d’intense activité, le visiteur pourra en profiter pour aller voir les huit expositions qui sont disséminées dans la cité. Tout d’abord, celle d’Adrien Vautier, dont les images grand format de son excellent travail fait en Ukraine sont présentées en extérieur et constituent le prétexte à un cheminement au cœur de la ville. La balade est plaisante mais l’indispensable plan mis à disposition pour s’y retrouver est quand même peu pratique et transforme finalement le parcours en véritable jeu de piste. Réussir l’intégralité du trajet est assez méritoire et sera l’occasion d’échanger avec d’autres visiteurs tout aussi perdus que vous.
Passons ensuite à l’exposition d’Élise Blanchard sur l’Afghanistan, également de très bonne tenue, bien scénographiée mais logée à l’étage d’un très grand et très excentré centre commercial. Y arriver se mérite aussi et, une fois sur place, le manque d’une signalisation évidente n’arrange rien. En conséquence, on peut légitimement douter que cette exposition ne rencontre pas auprès du public le succès qu’elle mériterait pourtant amplement. Bien qu’également éloignée du centre, un peu plus de monde à la médiathèque pour le Liban de l’agence Reuters. Il aurait été heureux, cependant, que certaines images ne soient pas placées très en hauteur, ce qui en rend la lecture peu commode. Après un repos bien mérité, la déambulation peut se poursuivre dans l’espace plus restreint du centre-ville.
L’exposition sur Gaza d’Ali Jadallah, bien qu’installée à proximité de l’artère la plus commerçante, n’attire pas les foules malgré tout. Les groupes et badauds passent, repassent, mais ne s’arrêtent pas. Dommage, c’est un travail qui ne manque pas d’intérêt, bien que le nombre trop important de photos, avec de nombreuses redites, ne lui rende pas justice. L’exposition sur le nettoyage ethnique au Darfour rencontre plus son public et est assez bien faite. Pour « Soulèvements » et celle consacrée à l’Iran, la fréquentation est là, peut-être du fait d’emplacements plus propices. Enfin, après les images le son, avec une dernière station qui est une immersion sonore sur la guerre en Ukraine réalisée par Maurine Mercier. On notera, par-ci, par-là, dans les textes qui accompagnent les images, quelques fautes d’orthographe, des phrases approximatives ou incompréhensibles, l’absence de légendes à proximité de ce que l’on regarde ou encore des affiches dont l’impression laisse largement à désirer.
Bien sûr, cela n’enlève rien à l’intérêt et à l’urgente nécessité de ces expositions, mais cela réclamerait sans doute un peu plus de rigueur. Bref, malgré une intention on ne peut plus louable, peut mieux faire, car il y a là encore un territoire de progrès au service d’une juste cause.
Exposition sur Gaza (Galerie Medusa) : Uniquement visible jusqu’au 11 octobre 2026.
Exposition sur le Darfour (Maison à pan de bois) : jusqu’au 25 octobre 2026.
Exposition sur l’Afghanistan (Espace Culturel E. Leclerc) : jusqu’au 7 novembre 2026.
Autres expositions (Expositions en extérieur dans la ville, Le Radar, Hôtel du Doyen, Les 7 lieux) : en accès libre jusqu’au 8 novembre 2026.
Toutes les expositions sont gratuites et réparties dans différents lieux de la ville de Bayeux.
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