De la série NOUS, la réserve, 2018. Photographie: Charles Paulicevich

De la série NOUS, la réserve, 2018. Photographie: Charles Paulicevich

Pour sa nouvelle saison, le Musée de la Photographie de la Fédération Wallonie-Bruxelles présente quatre expositions et une installation vidéo, dont trois sont placées sous le signe du monde du travail. Focus sur « NOUS, la Réserve » de Charles Paulicevich. A voir jusqu’au 24 janvier 2027.

Le musée situé dans un ancien couvent de carmélites néo-gothique de la fin du XIXe siècle, aujourd’hui doté d’une aile contemporaine est l’un des plus grands et plus importants lieux consacrés à la photographie en Europe. Un endroit rêvé pour les amoureux de la photographie : une collection permanente exceptionnelle, 100 000 tirages dont plus de 800 sont exposés, 1,5 million de négatifs conservés, une bibliothèque, un restaurant lumineux qui donne sur les anciens vergers du Carmel et des expositions temporaires de grande qualité.

L’exposition principale « NOUS, la Réserve » se tient dans la plus grande chapelle et présente 136 tirages couleur. Charles Paulicevich, à l’initiative de la FGTB, un des plus puissants syndicats belges a sillonné le territoire entre 2019 et 2025 pour rencontrer les ouvrières et ouvriers qui s’échinent dans les usines, carrières, chantiers ou entrepôts. Des points essaimés sur une carte de la Belgique indiquent les lieux où s’est rendu le photographe, ils occupent presque toute la surface du pays.

Grâce à la FGTB, les portes se sont ouvertes et il n’a pas eu besoin de se faire passer pour un vendeur de bible comme Lewis Hine lorsqu’il photographiait le travail des enfants dans les usines au début du XXe siècle. Une foule de visages sort de l’anonymat et est mise en lumière, la réserve, c’est eux. L’armée de réserve de travailleurs qui donne son titre à l’exposition est un concept d’économie politique développé par Karl Marx dans son ouvrage « Le Capital », une main-d’œuvre prête à être appelée ou rejetée au gré des marées économiques. Photographier le monde du travail s’inscrit dans une longue tradition de l’histoire de la photographie, on pense entre autres à François Kollar et « La France travaille » dans les années trente ou à Robert Doisneau et les usines Renault de Billancourt.

Ce qui distingue le travail de Charles Paulicevich, c’est qu’il a choisi de photographier les ouvriers sur leurs lieux de labeur et lors de manifestations, mais aussi dans l’intimité de leur vie quotidienne. On assiste à des mariages, baptêmes, fêtes familiales. La gaieté des images très colorées contraste avec la dureté de leur environnement professionnel et le clair-obscur des ateliers. Elles donnent une existence à une population souvent méprisée. Les tirages ne sont volontairement pas encadrés, mais fixés au mur avec des aimants pour ne pas muséifier une approche photographique pleine de vie. Exception est faite pour cinq portraits encadrés des ouvriers de la firme Audi, Ali, Youssef, Mustapha, Jonathan et Mourad. Une façon de rendre hommage à ces héros qui ont organisé un sit-in de 311 jours pour s’opposer à la délocalisation de l’usine. Équipé d’un studio mobile, dans la nuit froide et interminable, le photographe leur a fait prendre la pose en mettant en valeur la dignité du combat de ces contestataires. Il a aussi photographié leurs familles dont ils se sont trouvés éloignés pendant presque un an. Malheureusement, ils n’auront pas eu gain de cause.

Il y a quelque chose de touchant dans l’investissement de Charles Paulicevich, son souci et son respect de l’autre, la peur qu’il soit déçu, mécontent. Pourtant, il n’y a aucun misérabilisme dans ses images, juste un regard plein d’humanité qui NOUS rassemble. L’ensemble est aussi un véritable document sur notre époque.

Les expositions

  • Charles Paulicevich « NOUS, la Réserve »
  • Marin Driguez « Ce qui demeure »,
  • Julie Mignon « La ferme des Halleux »,
  • Juliette Agnel « Éternité primordiale »,
  • Audrey et Maxime Jean-Baptiste « Écoutez le battement de nos images »

Musée de la photographie de Charleroi, Belgique, jusqu’au 24 janvier 2027

Isabelle Stassart
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