Photographie: Stuartbur

Plus d’un millier de projets labellisés avec des expositions, des publications, des productions, des déclarations et plein de choses dont le nom ne finit pas toujours en « ion ». Pendant un an, on va fêter, célébrer, commémorer, encenser, glorifier la photographie, mais « sic transit gloria mundi » (« ainsi passe la gloire du monde ».

Pour une fois que l’on pouvait s’enorgueillir d’avoir inventé quelque chose qui a été adopté par le monde entier, il ne fallait pas rater l’occasion de se faire mousser un peu. Ce sera chose faite jusqu’à fin septembre 2027, avec de nombreux événements dédiés à la photographie. Plus de mille, ce n’est pas rien. Colloques, expositions, publications, résidences, concours, conférences, ateliers, débats, appels à projets et une foultitude d’événements vont se succéder, ce qui devrait satisfaire la curiosité de tout un chacun.

Si l’essentiel va se dérouler dans l’Hexagone, la fiesta a également lieu de la Colombie aux Philippines, en passant par la Turquie, le Gabon, la Chine ou la Suède, pour ne citer que ces quelques pays. Aujourd’hui, la photo a investi les musées, les ventes atteignent parfois des sommets, des fondations ont vu le jour, les foires et les expositions sont nombreuses et rencontrent un véritable succès.

De plus, chacun ayant un smartphone dans sa poche, il n’y a jamais eu autant de photos réalisées. On estime leur nombre à plus de 2 000 milliards par an, soit environ 61 400 chaque seconde, principalement destinées à être publiées sur les réseaux sociaux.

Alors, on peut se réjouir de cette fête, mais, aussi feuillu que puisse être cet arbre, il n’arrive pas à cacher une forêt qui brûle. La réalité du secteur de la photographie professionnelle offre une image bien moins glorieuse que cela, et cette commémoration, aussi belle soit-elle, ne doit pas rendre amnésique à l’heure où vivre du métier de photographe n’a jamais été aussi difficile.

« Cocorico, c’est nous qu’on l’a fait ! » Le ministère de la Culture salue la vitalité du secteur et l’assure de son soutien. La parole est belle, mais les acteurs auxquels elle est destinée ont pourtant bien noté la diminution régulière dudit soutien, qui fond comme un glacier sous l’influence du dérèglement climatique. Non pas qu’il ne se passe rien, mais on reste encore loin du compte au regard de ce qui devrait être fait.

Si la chanson « Y’a plus d’argent » résonne plus que jamais dans l’ensemble du secteur culturel de notre pays, la rengaine est loin d’être nouvelle pour la photographie, qui fut et reste le parent pauvre de la création. Des festivals de photographie souffrent ou s’arrêtent carrément, par lassitude ou faute d’aide des autorités. À part quelques rares cas, que l’on compte à peine sur les doigts d’une main, c’est un univers de débrouille et de bouts de ficelle où règnent le bénévolat et l’insécurité.

La bonne volonté, c’est bien, mais la précarité, c’est usant. Plus des deux tiers des photographes estiment que leur activité ne couvre pas leurs besoins financiers et ne leur permet pas d’en vivre décemment. Nombreux sont celles et ceux qui doivent cumuler plusieurs activités pour joindre les deux bouts. Certains avouent même ne plus pouvoir couvrir les dépenses qu’ils doivent engager, ce qui revient à dire qu’ils paient pour travailler.

Des agences photo et des collectifs sont aussi à la peine, la période faste des trois A, Gamma, Sygma et Sipa, étant maintenant bien loin derrière. Seul subsiste un écho nostalgique de ce qui fut et n’est plus. Ajoutons à ce tableau déjà bien sombre la concurrence de l’IA, qui grignote inexorablement le peu de débouchés encore existants.

Alors, célébration joyeuse et optimiste, comme on le souhaite, ou dernier hommage avant les funérailles annoncées d’un métier, comme on peut le craindre ? L’avenir nous le dira, mais, d’ici là, vive la photographie !

Le programme complet

 

Gilles Courtinat
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