L'oeil écoute

Vas-y Jazy

Vieillir, ce n’est pas tant la mort qui approche qu’un monde qui s’éloigne, emportant avec lui des célébrités qu’on croyait éternelles.

Michel Jazy, brillant athlète médaillé d’argent au 1500 mètres des Jeux Olympiques de Rome en 1960, est mort ce 1er février. Il avait 87 ans. Et voilà que, soudain, Dimitri Pavlenko, excellent animateur de la matinale d’Europe 1, avoue qu’il n’avait jamais entendu parler de lui.

Quoi ? sursaute l’aveugle (qui ne l’a pas toujours été) Jamais entendu parler ? De Jazy ?

L’aveugle s’inquiète surtout de cette génération de trentenaires qui pourrait bien être ignorante de tout ce qui s’est passé avant elle. De Le Clézio, prix Nobel de littérature en 2008, comme de Wim Wenders, palme d’Or à Cannes en 1984, qui ont marqué l’aveugle et qui, simultanément, sortent ces temps-ci un nouveau livre (« Identité nomade ») et un nouveau film (« Perfect days »).

L’inverse, cela dit, est tout aussi valable. L’aveugle admet, au fond de lui, qu’il connaît bien peu de noms parmi ceux, qui aujourd’hui, sont les plus en vue, dans le monde littéraire comme dans celui du cinéma. Il est vrai que sa cécité ne l’aide guère à en apprendre davantage. Mais c’est ainsi. Le temps qui passe pousse l’air du temps, change l’air du temps. C’est ainsi. Le temps est assassin.

L’important est de rester vivant.

 Dernière révision le 16 février 2024 à 10;52 par la rédaction

Maurice Achard
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