Photographies de Volodymyr Petrov, Serhii Illyashenko, Oleg Petrasiuk, Mykhaylo Palinchak, Mstyslav Chernov, Alina Smutko, Viacheslav Ratynski, Serhii Nuzhnenko, Yurko Dyachyshyn, Serhii Hudak et Vitaliy Homenko ©The Information Front 2022

The Information Front est un collectif d’édition indépendant qui met en lumière les photographies de guerre réalisées par les photographes les plus vulnérables : les photographes ukrainiens eux-mêmes. Il sert de plateforme pour soutenir leur travail essentiel et, grâce à sa diffusion, maintenir la visibilité du conflit.

Jeudi 24 février 2022, une déflagration traverse l’Europe et en premier lieu l’Ukraine, créée par l’irruption de plus de 150 000 soldats russes aux frontières nord-est, est et sud du pays. En réaction, des centaines de journalistes, photoreporters et cameramans débarquent en train — les liaisons aériennes étant interrompues — aux gares de Kyiv, Lviv, Kherson ou Odessa. Ils viennent de tous les pays européens et même d’au-delà : des États-Unis, du Japon ou d’Amérique latine.

Rien que pour la France, près de 150 journalistes français sont présents en Ukraine aux premiers jours de l’invasion, dont plus d’une trentaine de journalistes, preneurs de son et vidéastes pour le groupe France Télévision. À tel point que le Quai d’Orsay crée une cellule de crise « médias » afin de garder un œil sur cette situation exceptionnelle.

Quand 600 professionnels de la presse avaient couvert la guerre du Golfe, ce sont plus de 2000 personnes qui se trouvent en Ukraine dès le premier mois du conflit. Pas un pays européen qui n’ait un envoyé spécial sur place. Même les petits pays sont représentés : ainsi le Luxembourg avec Philippe Crowther, journaliste pour l’agence américaine Associated Press (AP) ; l’Islande avec Bogi Ágústsson de la RÚV, service de radiodiffusion national islandais ; l’Irlande avec Pierre Zakrzewski pour Fox News ; ou encore le Liechtenstein avec Andreas Laternser pour le Liechtensteiner Vaterland.

Dès le 25 février 2022, le direct sur le web de Libération consacré à l’Ukraine est illustré par le photoreporter français Paul Gogo, complété par des photos de Stéphane Siohan, journaliste. Dans l’édition du 26 février du quotidien Le Monde, c’est un cliché du photographe maison Laurent Van Der Stockt, qui ouvre l’article « Guerre en Ukraine : la bataille de Kiev a commencé ». Les six illustrations de l’article sont également signées de lui. Tous les journaux occidentaux agissent de même.

Et les professionnels ukrainiens dans tout cela ?

Ils existent, ils documentent envers et contre tout, surtout contre cette invasion, et produisent, tout comme les médias du monde entier, de nombreuses photographies. Les quotidiens Den, Ukrainska Pravda, Kyiv Post, Kyiv Independent ou Dzerkalo Tyzhnia n’utilisent que des photos fournies par les reporters du pays. Mais ceux-ci illustrent cependant très peu les pages des journaux occidentaux.

C’est en réaction à cette invisibilité que l’Ukrainienne Kateryna Radchenko, commissaire d’exposition et fondatrice des Journées de la photographie d’Odessa (Odesa Photo Days, lancé en 2016), le Canadien Donald Weber, photographe ayant travaillé en Ukraine dès 2002, et le Britannique Christopher Nunn, photographe travaillant dans le Donbass depuis 2014, imaginent ensemble The Information Front, un média imprimé destiné à promouvoir le photojournalisme ukrainien.

Côté technique, la conception graphique des deux premiers numéros est signée de la Néerlandaise Sybrien Kuiper, graphiste de renommée internationale, tandis que la lithographie est du Néerlandais Sebastiaan Hanekroot, expert du domaine avec plus de trois décennies d’expérience. L’impression est réalisée aux Pays-Bas par Schilt Publishing, éditeur et galeriste à Amsterdam.

Le numéro 1, publié au format journal, paraît en 2022. Il documente les deux premiers mois de l’invasion russe. La majorité des 22 noms des photoreporters sont alors inconnus des Occidentaux. The Information Front considère que « la photographie, et plus particulièrement le photojournalisme, joue un rôle crucial pour comprendre les violences infligées et constitue un contrepoids aux fausses informations et à la propagande ». Les photographies de ce premier volume couvrent les deux premiers mois de la guerre, la première étant datée du 12 février 2022. Un texte du poète, écrivain et militant politique ukrainien Serhiy Zhadan complète la partie illustrée.

Dans le numéro 2, sur papier glacé au dos carré collé, The Information Front adopte une perspective plus large, en s’intéressant à la lutte des Ukrainiens pour la liberté et la démocratie et en révélant le rôle crucial de la photographie dans la quête d’identité du pays depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui. Ce média a également dirigé la publication d’un supplément de vingt pages pour le Financial Times Magazine en 2024.

Le troisième numéro est plus ambitieux : un livre de photographies présentant seize photographes de différentes générations ayant vécu une décennie de guerre. La sélection fut particulièrement difficile. Avec Odesa/Photo Days, The Information Front lança un appel à candidatures. De différentes régions d’Ukraine, 176 photographes répondirent, livrant des témoignages poignants sur l’impact de la guerre sur leur vie personnelle et professionnelle. Le programme en retint 16. L’opération fut financée grâce à une subvention de la Fondation France, aux ventes des deux premiers numéros et aux dons recueillis lors de l’exposition « Ukraine Now » présentée en mai 2022 dans les vitrines de la galerie de l’agence créative Wieden+Kennedy à Londres.

Les photographies de ces trois éditions révèlent une grande diversité de perspectives, de styles et de disciplines. Des œuvres d’artistes en début de carrière, témoignant des ravages de la guerre, côtoient celles de photojournalistes chevronnés. The Information Front considère que « la photographie joue un rôle crucial dans la compréhension des violences infligées à l’Ukraine par la guerre d’agression russe et qu’elle contribue à façonner la société ». L’intégralité des bénéfices des ventes est reversée au soutien des médias indépendants ukrainiens, en rémunérant directement les photographes.

Les 50 photographes mis en avant par The Information Front dans ses différents volumes : Lisa Bukreyeva, Igor Chekachkov, Oleksandr Chekmenev, Mstyslav Chernov, Pavlo Dorohoi, Andrii Dostliev, Lia Dostlieva, Yurko Dyachyshyn, Maksim Finogeev, Nazar Furyk, Kirill Golovchenko, Vitaliy Homenko, Serhii Hudak, Serhii Illyashenko, Oksana Karpovych, Roman Khimei, Sergiy Kochetov, Viktor Kochetov, Dmytro Kozatskyi, Vladyslav Krasnoshchok, Oleksandr Kuchynskyi, Sasha Kurmaz, Andriy Lomakin, Yarema Malashchuk, Boris Mikhailov, Valeriy Miloserdov, Serhiy Morgunov, Kateryna Moskalyuk, Serhii Nuzhnenko, Rita Ostrovska, Mykhaylo Palinchak, Oksana Parafeniuk, Evgueniy Pavlov, Oleg Petrasiuk, Volodymyr Petrov, Paraska Plytka-Horytsvit, Viacheslav Poliakov, Oleksandr Ratushnyak, Viacheslav Ratynski, Irina Rybakova, Mykola Ridnyi, Daniil Russov, Yana Sidash, Alina Smutko, Ivan Somoilov, Elena Subach, Oleksandr Suprun, Mila Teshaieva, Dima Tolkachov et Roman Zakrevski.

The Information Front, en anglais : Volume 1, 10 € ; Volume 2, 20 € ; Volume 3, 25 €.
À commander sur schiltpublishing.com
theinformationfront.com
Instagram : @theinformationfront
Odesa/Photo Days : thephotodays.org

Thierry Birrer
Si cet article vous a intéressé... Faites un don !