
Manifestation pro Magyar. Photo: Daniel Psenny
Le privilège des journalistes est de pouvoir vivre en direct des évènements historiques. Ce fut le cas le 12 avril, à Budapest en Hongrie où les journalistes venus du monde entier ont assisté en direct à la chute de Viktor Orbàn, le premier ministre « illibéral » qui dirigeait le pays depuis seize ans en bafouant l’Etat de droit, en muselant les médias, en étouffant la justice et, surtout, en gouvernant dans un système de corruption généralisé qu’il avait mis en place au profit de ses copains et de sa famille.
En ce dimanche, malgré les sondages encourageants, tout le monde était dans l’incertitude. Les sites de presse indépendants avaient dénoncé depuis des semaines – preuves à l’appui – l’achat de votes dans les campagnes, les médias à la botte, les possibles bourrages d’urnes et les circonscriptions redécoupées à l’avantage du Fidesz (le parti d’Orban),
Mais, par un vote sans ambiguïté à hauteur de 77,8% – « douloureux » comme l’a souligné Orban lui-même – les Hongrois ont sanctionné sévèrement le parti du premier ministre sortant en votant à 53% pour son adversaire Péter Magyar, un de ses anciens amis du Fidesz entré en dissidence il y a deux ans. Dimanche, Orban et ses amis ont mordu la poussière avec seulement 37% des voix. Ils n’ont réussi à faire entrer au Parlement que 56 députés (116 dans le Parlement sortant) contre 137 élus pour le parti Tisza (Respect et Liberté) créé par Péter Magyar. Ce dernier obtient la majorité des 2/3 nécessaires pour décritoter le système Orban. Une révolution pour la Hongrie qui en a pourtant vue d’autres, et pour l’Union Européenne bloquée depuis des années par les vétos d’Orban en faveur de Vladimir Poutine, son ami et allié. Si cette victoire est une bonne nouvelle pour l’Union européenne et l’Ukraine, c’est surtout une mauvaise nouvelle pour Poutine et Trump, les deux principaux soutiens du régime d’Orbán.
Pour un photojournaliste, cette soirée était donc idéale. Sourires éclatants, libération des corps et de la parole, lumière de printemps. Dimanche soir, les rives du Danube et le Parlement étaient baignés d’une belle lumière qu’il n’était pas nécessaire d’apprivoiser. La foule de tous âges (beaucoup de jeunes qui n’avaient connus qu’Orban et qui votaient pour la première fois) et de toutes conditions, étaient venues en masse au rassemblement organisé par les partisans de Péter Magyar Tisza. D’une même voix, ils n’arrêtaient pas de crier « Saleté de Fidesz », « Hongrie, Europe », « Voldemort est vaincu! » ou « Les Russes rentrez chez vous ! » comme pendant l’insurrection de 1956 lorsque la population s’était soulevée contre l’occupation des Soviétiques.
Comme lors de la chute du Mur de Berlin en novembre 1989, la victoire et la fête se sont étirées jusqu’au bout de la nuit. Tard dans la soirée, pendant que tout le monde continuait à boire et à danser dans les rues de Budapest, Péter Magyar promettait que la Hongrie serait un pays où les citoyens seraient libres de choisir leur mode de vie. Mercredi matin, il était, pour la première fois depuis deux ans, invité sur la radio et la télévision publique. Il a annoncé que, sitôt installé dans son bureau de premier ministre, il démantèlera cette machine de propagande qui était uniquement au service d’Orban et de ses amis. Des paroles qui ont été applaudies par le personnel présent.
Une révolution est-elle en marche en Hongrie? Rien n’est moins sûr. Magyar est un conservateur libéral que certains décrivent comme « un Orban en plus jeune »… Néanmoins, de nombreux Hongrois pensent que l’Europe doit avoir la volonté politique et les idées suffisamment fortes pour aider leur pays de 9,5 millions d’habitants à se libérer. La Hongrie a en tout cas montré la voie pour se débarrasser de tous les populismes d’extrême-droite déjà installés au pouvoir en Europe ou, comme en France, ceux qui prétendent à y accéder. Parfois, l’Histoire bégaye…
Daniel Psenny (à Budapest)
- 12 avril 2026
Hongrois rêver ! - 17 avril 2026 - Michel Lefebvre
« On ne s’ennuie jamais avec Capa ! » - 20 février 2026 - Gerda Taro
Dans l’ombre de Capa
Une photographe hors norme - 20 février 2026














