
Nadar, autoportrait à la lumière électrique. Photographie: GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
A l’occasion de la réouverture récente des Catacombes de Paris, fermées près de six mois pour travaux, le site ouvre un nouvel espace au rez-de-chaussée inauguré par l’exposition « Nadar : inventer Paris, des profondeurs au ciel ».

Dessin de Cham, « Vous cherchez M. Nadar ? C’est plus là-haut ! C’est en bas », 1865. Photographie: BnF
Un dessin à la plume de Cham en 1865 donne le ton, un homme en haut-de-forme regarde le ciel tandis qu’on lui indique une plaque d’égout : « Vous cherchez M. Nadar ? C’est plus là-haut ! C’est en bas ». Le plus célèbre portraitiste de la fin du XIXe siècle, son atelier Bd des Capucines chez qui le tout-Paris se pressait ne sont plus à présenter. On connaît aussi sa vocation d’aérostier qui inspira « Cinq semaines en ballon » à son ami Jules Verne et qui mit la presse caricaturiste en émoi. En revanche, on connaît moins l’inventeur et l’explorateur des sous-sols parisiens. L’exposition très bien documentée, présente une quinzaine de reproductions des photographies réalisées par Nadar dans l’ossuaire des Catacombes en 1862, puis dans les égouts de Paris en 1865, mises en regard avec les premières vues aériennes de Paris prises en 1868 depuis un ballon.
En 1861, le grand gaillard touche-à-tout, curieux des nouvelles techniques de son époque, dépose un brevet de photographie à la lumière électrique, l’ancêtre du flash en quelque sorte. Ernest Lamé-Fleury, l’inspecteur des carrières en charge des Catacombes, l’invite à expérimenter son invention dans les entrailles de Paris, alors éventrées par les grands travaux haussmanniens. Il y passera trois mois en descendant chaque jour sous terre. Il faut imaginer le dispositif mis en place par le photographe, une véritable prouesse technique. Il a installé un petit studio où il a entreposé tout son matériel : câbles, trépieds, bouteilles de produits chimiques. Il lui faut pouvoir enduire ses plaques de verre au collodion pour les développer sur place. Les fils électriques fonctionnent grâce à des piles Bunsen qui ne peuvent être descendues sous terre, près d’un kilomètre de fils électriques courent donc jusqu’à la surface. Tel un metteur en scène, il utilise plusieurs sources lumineuses et des réflecteurs pour mettre en valeur l’architecture unique et mystérieuse de l’ossuaire. Il fait également poser des mannequins pour rendre hommage au labeur des carriers, le temps de pose est trop long, jusqu’à vingt minutes, pour faire appel à un être humain. Ils donnent ainsi une échelle à certaines vues.
Après les profondeurs de la terre, Nadar s’envole vers le ciel. En 1868, il réalise les premières vues aériennes de Paris. Encore une fois, il embarque avec lui son labo portatif, les premières expériences ne sont pas concluantes, l’hydrogène s’échappant du ballon voile les plaques. Obstiné et fantasque, fou des ballons depuis l’enfance, Nadar ne lâche rien. Il crée une revue, « L’Aéronaute », dont le premier numéro est tiré à 100 000 exemplaires. Conscient de l’importance de la publicité et de ce qu’aujourd’hui on appelle l’événementiel, il s’attelle à la construction d’un ballon gigantesque, « Le Géant », 45 mètres de haut pour un poids de 7,7 tonnes. La nacelle, construite sur deux étages, est surmontée d’une terrasse, elle accueille un restaurant, un bar, des bureaux, un laboratoire photographique et une presse Ragueneau pour pouvoir envoyer des dépêches. Malheureusement, la chute du ballon lors d’un vol vers l’Allemagne va stopper là l’aventure et ruiner le photographe. C’est sa femme Ernestine, blessée lors de l’accident, qui va reprendre de main ferme la gestion de l’atelier photographique et apporter son soutien financier.
L’exposition, conçue dans le cadre du Bicentenaire de la photographie, est toute petite, mais vraiment intéressante. Seul bémol : pour la voir, il faut prendre un billet à 31 € pour visiter les catacombes. En vrai, cela vaut vraiment le coup, près d’un kilomètre de déambulation, 20 mètres sous terre, des milliers d’ossements qui, paisiblement, nous contemplent et un parcours audio intelligent, non intrusif.
« Nadar : inventer Paris, des profondeurs au ciel », Catacombes de Paris, jusqu’au 31 janvier 2027.
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