Perpignan 2 septembre 2012 – Annie Boulat au welcome drink à l’Hôtel Pams – pour la 24è édition du festival international de photojournalisme Visa pour l’image.
Photographie Geneviève Delalot pour A l’oeil

Annie Boulat, née le 11 août 1938, s’est éteinte à Paris mercredi 15 avril 2026 à l’âge de 87 ans. Elle était l’épouse du célèbre photographe de Life, Pierre Boulat (1924‑1998), et la mère de la photojournaliste Alexandra Boulat (1962‑2007). Collaboratrice de Sipa Press, fondatrice de l’agence Cosmos, pilier de Visa pour l’Image, elle était une figure du monde de la photographie, aimée et respectée.

Lundi 20 avril à 15 h, au cimetière, 5 rue de la Croix‑Jacqueville, 77760 Amponville.

Le décès d’Annie Boulat, des suites d’une longue maladie, a bouleversé le monde de la photographie de presse. La semaine passée, bien qu’en soins palliatifs depuis deux semaines, Delphine Lelu et Jean‑François Leroy, de Visa pour l’Image, avaient obtenu l’autorisation du corps médical de faire sortir Annie pour un déjeuner dans un restaurant en face de l’hôpital. « Elle était si heureuse de sortir… » confie tristement Jean‑François Leroy.

« Je l’ai connue en 1985 à Cosmos quand je tenais la rubrique “30 jours d’agences” au magazine Reporter‑Objectif. Dès le premier Visa pour l’Image en 1989, elle était là avec son mari Pierre. Ils avaient amené un marteau et des clous pour accrocher l’exposition de Pierre ! Ensuite, elle est venue tous les ans à Perpignan. »

Mete Zhinoglu, directeur général de Sipa Press et « ami de toujours », était présent aux côtés d’Annie Boulat « depuis le jour où elle est arrivée à Sipa en 1973 comme assistante de Göksin Sipahioglu. Ensuite, comme Göksin n’avait pas de papiers en règle, c’est elle qui est devenue gérante de Sipa Labo… Nous étions très proches et j’avais même une participation dans l’agence Cosmos, où travaillait Fanny Merrien‑Zhinoglu. La famille, quoi ! »

C’est Jean‑François Camp, son complice à la Galerie Durev, qui a annoncé son décès sur Facebook, déclenchant une vague de condoléances et de témoignages, tous plus attristés les uns que les autres. Robert Pledge, de Contact Press Images, se souvient de leurs premières rencontres, alors qu’Annie venait de quitter Sipa Press pour créer l’agence Cosmos, tandis que lui quittait Gamma pour fonder Contact Press Images.

« C’étaient les débuts de Cosmos à Paris et de Contact à New York. Nous nous occupions chacun d’une demi‑douzaine de photographes. Nous suivions l’actualité internationale, tandis qu’elle s’orientait davantage vers le magazine. Elle connaissait beaucoup de monde dans les rédactions parisiennes. Nous étions complémentaires et elle a tenu le premier bureau de Contact à Paris jusqu’au début des années 1990. Elle avait un style de relation particulier : extrêmement professionnel, fait d’écoute et de gentillesse. Nous n’avons jamais eu de conflit, car elle était à l’écoute. Elle n’était pas dans le business pour le business, mais pour la photographie, avec une grande élégance. »

Les Boulat — Annie, Pierre, Alexandra — sont une famille témoin du photojournalisme français. Il est rare de rencontrer, en une génération, trois personnalités d’un tel calibre. Pierre Boulat, ancien élève de l’école photo de Vaugirard, a travaillé avant‑guerre pour Samedi Soir avant de devenir collaborateur régulier de Elle, Paris Match, Life, National Geographic et People. En 1955, il se distingue comme le premier journaliste occidental autorisé à entrer en URSS. En 2010, Annie confiait :

« Moi, je l’ai rencontré quand j’avais huit ans à peine, juste à la sortie de la guerre. Ma mère voulait absolument un beau portrait de ses enfants. Un ami lui dit : “Il y a ce jeune photographe qui est bien, il est sympathique.” Pierre débarque à la maison. Il fait des photos des trois filles. Ma mère lui offre un briquet pour le remercier parce qu’il ne voulait pas d’argent. »

« Cet homme disparaît de ma vie et mon père, passionné de voyages, découvre qu’en septembre 1955 a lieu le premier voyage touristique en Russie. Pierre en était. Quelques mois plus tard, un second voyage est organisé. Comme je venais d’avoir mon bac, mon père m’a dit : “Tiens, pour ton bac, je t’invite à Moscou avec moi.” La première personne sur laquelle on tombe dans l’avion, c’est Pierre. Nous sommes tombés amoureux et trois mois après, nous étions mariés. En janvier 1956. J’avais 17 ans et demi. C’est drôle ! »

« Pierre m’emmenait partout. Il n’aimait pas être seul. Il voyageait le plus possible en voiture. Il m’emmenait en reportage, ça ne coûtait pas plus cher. Et moi, j’ai commencé à prendre des notes pour lui, puis à écrire les légendes. Petit à petit, c’est devenu officiel : je partais avec lui et je travaillais avec lui. »

Quand la collaboration de Pierre Boulat s’arrête avec la fermeture de Life Magazine, Annie rejoint Sipa Press. Elle y reste cinq ans aux côtés de Göksin Sipahioglu. Puis, en 1978, elle crée l’agence Cosmos. Annie Boulat hébergera un temps l’agence VII, dont sa fille Alexandra était membre fondatrice.

Alexandra Boulat, née le 2 mai 1962 et formée à l’École des Arts Décoratifs de Paris, couvre très vite de nombreux conflits et se forge une réputation internationale de reporter de guerre. En 2001, elle rejoint l’agence VII. En 2007, elle décède d’une rupture d’anévrisme.

Annie Boulat crée alors l’Association Pierre & Alexandra Boulat pour faire vivre l’œuvre de son mari et celle de sa fille. Un prix est remis chaque année durant le festival Visa pour l’Image.

Michel Puech
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